Éclat de Givre ou la chronique qui dérape !

 

Ceci n’est pas vraiment une chronique, c’est beaucoup trop personnel, intime, pourtant j’avais envie de le partager depuis déjà quelques semaines.

 

La représentation dans la littérature est un sujet qui m’interpelle. Surtout depuis peu, je dois l’avouer. Dans Anything goes, John Barrowman, dit grosso modo de mémoire, que le Capitaine Jack Harkness est le genre de personnage auquel il aurait aimé pouvoir s’identifier lorsqu’il était enfant. Il suffit de prendre le temps de fouiller sa mémoire trente secondes pour réaliser à quel point il y a bien peu de personnages gay positifs, tant en littérature qu’au cinéma. Surtout, si on remonte 20 ans en arrière, mais même aujourd’hui ça reste vrai. A fortiori, si on veut rester dans du grand public. Josh Whedon a bien osé avec le couple Willow/Tara… Willow étant sans doute ma préférée parmi les personnages féminins de cette série, mais ce type de personnages restent minoritaires, anecdotiques.

Si je reviens sur cette phrase de JB, c’est sans doute qu’elle a touché quelque chose de très intime au fond de mon inconscient et a réveillé un processus de réflexion. Jusque-là, j’avais tendance à me moquer de ces histoires de représentation : enfant je lisais, les Trois Mousquetaires, Rocambole ou Robin des Bois Prince des voleurs, je regardais Zorro ou Thierry la Fronde et m’identifiais à eux. Je trouvais ça normal. Comme je trouvais normal d’être traité de garçon manqué… d’ailleurs, dans le club de 5, c’est à Claude que je m’identifiais.

 

Bref, rien de traumatisant. Pourtant, des questions sont longtemps restées sans réponses, le genre de questions qu’on ne pose à personne tant elles vous semblent saugrenues. Ainsi peut-on être à la fois homme et femme dans sa tête ? Nous le sommes tous plus ou moins me direz-vous avec plus ou moins de réticences… Peut-être, je l’ai cru longtemps, très longtemps. Mais alors pourquoi ai-je depuis l’adolescence éprouvé une énorme tendresse pour le personnage de Zaza ? Caricatural, ridicule aux yeux du plus grand nombre, je continue de trouver la détresse de Zaza incommensurablement touchante. Alors lorsque John Barrowman a repris ce rôle l’espace d’une demi-saison, j’ai pris un billet pour aller le voir à Londres. J’éprouvai le besoin de voir ce que lui ferait de ce personnage, sans trop savoir pourquoi cela m’importait autant.

 

 

Quel rapport avec Éclat de Givre ?

 

Très honnêtement, j’adore Estelle Faye, son enthousiasme, sa générosité, c’est une belle personne. J’ai acheté ses deux premiers romans, je les ai lu et aimé mais sans éprouver cette étincelle qu’on espère toujours, à chaque nouvelle lecture… Éclat de givre, je l’avais vu passer et la couverture ne m’avait pas du tout parlé et étant l’heureuse propriétaire d’une pile à lire vertigineuse, j’avais fait l’impasse et pas même lu le quatrième de couverture. Si j'avais su ! C’est à Angers, alors que je lui dédicaçais Les Enfants du Passé qu’Estelle m’a pitché ce roman avec des étoiles plein les yeux. Punaise, il me le fallait ! À l’écouter, je savais déjà qu’il me le fallait et en même temps, j’éprouvais de l’appréhension à l’ouvrir, à le lire. Jamais, je ne lis sur un salon. En principe du moins !

 

Pourquoi ?

 

Parce que quelque part, Chet est le fils spirituel de Jack Harkness et de Zaza. Parce que la nuit, il chante du jazz travesti en femme, qu’il collectionne les aventures masculines tout en étant secrètement amoureux de son amie d’enfance. Et pour couronner le tout parce que c’est aussi une putain d’histoire avec de l’action, du suspens et de l’émotion ! Et même avec toutes ses fêlures, Chet est un personnage lumineux, un personnage positif.

 

Quel rapport avec toi, t’es une femme, non ?

 

Pour l’état civil sans doute, pourtant dans ma tête c’est beaucoup moins clair et quelque part, je me sens sans doute plus proche d’un travesti que de la majorité des femmes que je côtoie, peut-être parce que je me sens plus homme que femme tout en aimant les hommes. Bref, j’appartiens à une communauté d’invisibles, à ce + qu’on rajoute à LGBT quand on y pense.

 

Voilà ce qu’on appelle un beau dérapage ou comment une chronique vire au coming out

 Pour en revenir à Éclat de Givre, une fois qu'on l'a lu, la couverture se justifie complétement, c'est du post apo, un excellent post apo. L'action se déroule dans un Paris à la foi poétique et effrayant. Et de l'action, cette histoire n'en manque pas, ses talons aiguilles ne font de Chet ni un cul-de-jatte ni un manchot : il cavale, il castagne et se prend aussi pas mal de gnons au passage : bref, rien que du bonheur !

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Commentaires : 3
  • #1

    Louve (mercredi, 22 juin 2016 12:03)

    Bravo pour cette belle chronique. ♥
    Parler des lectures qui nous ont touchées, ou de son écriture, c'est toujours parler un peu de soi, non? Même si ce n'est pas facile d'oser aller plus loin. Je suis d'autant plus impatiente de lire ce livre acheté sur tes conseils ;)

  • #2

    Dup (mercredi, 22 juin 2016 15:07)

    Wow ! Que d'émotions charriées dans cette "fausse" chronique qui pour moi sonne tellement vraie. Ravie d'avoir ce livre d'Estelle Faye dans ma PAL et l'envie furieuse de le découvrir rapidement.

  • #3

    Maëlys (mercredi, 22 juin 2016 22:14)

    Pour l'avoir lu, adoré et chroniqué, foncez, ce livre est une merveille <3