Retour sur Créatures

Ayant reçu mon exemplaire d’auteur de l’anthologie Créatures, je me suis jetée dedans. Non pas pour lire et relire ma nouvelle, je vous rassure, mais afin de découvrir les autres. Dix-huit nouvelles et autant d’interprétations du thème, décliné dans tous les genres de l’imaginaire. De la science-fiction, avec Grand-Veille, coup de Cœur de Pénélope Labruyière, notre éditrice. La plume de Southeast Jones ébauche un futur inquiétant. Un texte bien ficelé et efficace.

Avec Le Gardien, le lecteur bascule dans le fantastique. Le héros à la conscience élastique de Guillaume Lemaitre joue avec une boîte au comportement étrange, des créatures dangereuses et corruptrices. La mort est au rendez-vous, le stupre et la concupiscence hantent une ambiance glauque, brrrr !

Entre poésie et fantastique, la poupée de Dean Venetza prend vie toute en délicatesse et charme. Une bouffée de fausse légèreté. Une friandise trop vite dévorée, mais dont la saveur subtile reste longtemps en bouche.

Avec Crève-poitrine, Raphael Boudinou s’essaye au pastiche : sa dissection a posteriori d’un futur fait divers par un expert imaginaire ne manque pas de sel. C’est fun, intelligent et plein de second degré.

Stéphane Croenne lance un déchirant cri d’amour avec Chrise in Chrysalide. Un cri qui se métamorphose peu à peu en une terrible menace. Une ambiance sourde et glacée porte ce cheminement jusqu’à son apogée. Tout à la fois, émouvant et dérangeant, ce texte ne peut laisser indifférent.

Le Miracle de la vie de Morgane Caussarieu à recommander à tous ceux qui manifestent contre le droit à l’avortement. Ne serait-ce que pour leur filer des cauchemars ? Sombre, cruel et glauque à souhait. À ne pas mettre entre des mains d’âmes sensibles ou de futures mamans.

L’Urban Fantasy est à l’honneur avec Zoomorphes de Pascal Bayle. Vêtus de leur manteau gris de banquier, les pigeons deviennent légendes urbaines dans ce conte moderne aux accents parfois très classiques.

Les poupées brunes de Mathias Cannariato conduisent le lecteur dans une aventure étonnante au pays d’un certain nombrilisme hétéro. Le second degré côtoie la surenchère avec l’audace et la démesure des premiers Woody Allen. 

Vanessa, conte fantastique ou souvenir fantasmagorique d’un enfant traumatisé ? Vincent Tassy laisse le choix au lecteur. La réalité dans toute sa cruauté se mêle au rêve. Une poésie gothique se dégage du triste destin de la fille sushi. 

Gaëlle Saint-Étienne brosse des portraits atypiques et profondément humains de ses Créatures de l’asphalte. Ses personnages sont beaux. Pas d’une beauté de papier glacé, mais une beauté d’âme, profonde et généreuse. Pourtant, ils sont de ceux que l’on croise chaque jour sans les voir.

L’organiste de Sébastien Parisot est, à sa manière, une réinterprétation iconoclaste et complètement barrée du joueur de flûte. Cette débauche organique ne manque ni d’une certaine poésie acerbe, ni de verve inventive. Herr Mad Doktor mérite bien là son surnom/pseudo.

Changement de décors et d’ambiance avec Laurent Pendarias. Nostalgie et dérision sont au rendez-vous de Lou Carcohl. Une nouvelle emplie d’un véritable souffle épique avec l’affrontement entre la terrible bête à cornes et le preux chevalier. Rien que du plaisir.

Manuel d’observation à l’usage des amateurs de rouge-gorge est pour moi un vrai coup de cœur. Il y a garou et garou. Être loup-garou a des inconvénients, être un rouge-gorge-garou en à d’autres. Les mésaventures du héros de Marie-Anne Cleden sont un délice de cruauté psychologique.

XXL ou encore grandeur et décadence d’un pénis surdimensionné. Beaucoup de dérision et d’humour dans ce texte de Mathieu Fluxe à la chute pour le moins originale et bien trouvée. Un indéniable coup de cœur, même s’il est d’un tout autre genre.

Dans S’élever au-dessus du bitume, jusqu’au créateur, Anthony Boulanger nous fait découvrir la ville sous un angle peu courant et partager les affres métaphysiques d’un chewing-gum. C’est pour le moins inattendu. Une très courte nouvelle pour un destin tout aussi bref.

Herr Mad Doktor revient avec une consultation obstétrique et un heureux événement qui vire au délire total. Un coup de cœur pour l’osculation en elle-même et pour les apartés du médecin.

Les collégiens de Thomas Baronheid n’ont rien à envier aux camarades de Buffy dans leur lutte contre le Corps étranger, mais viendront-ils à bout de la créature, rien n’est moins sûr.

Pour finir, avec Cagliostro de Olivier Caruso, les baleines viennent fermer le bal en une poétique et délirante sarabande qui s’effiloche tel un rêve au réveil.  

Bonne lecture à tous.

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Commentaires : 2
  • #1

    Domi (vendredi, 17 janvier 2014 21:52)

    Je n'ai plus qu'à me lancer dedans... merci pour cette chronique très complète ! Quand je pense que j'ai oublié de te faire dédicacer ton texte hier, je me battrais...

  • #2

    takisys (samedi, 18 janvier 2014 09:01)

    Merci, c'est ma première vraie chronique d'une anthologie. Pour la dédicace c'est pas comme si on était pas appelée à ce revoir rapidement et qu'on avait eu le temps de papoter...